Un Héritage Inspiré: L'Évolution des Journées de la culture

Fête de la culture – 9 janvier 2020

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Lancées en 1997, les Journées de la culture ont étés conçues pour démocratiser et faire reconnaître l’importance des arts et de la culture au Québec. Dès leur première année, elles ont connu un grand succès de participation. Aujourd’hui, plus de 3000 activités gratuites et interactives sont organisées annuellement par des organisations culturelles et artistiques dans plus de 350 villes et villages à travers le Québec. L’événement est organisé par Culture pour tous, un organisme à but non lucratif qui a pour mission de faire reconnaître les arts et la culture comme facteurs essentiels d’épanouissement individuel et collectif par des programmes de sensibilisation et d’éducation favorisant la participation des citoyens.

L’approche participative et accessible dans l’engagement envers les arts est devenue l’inspiration et le modèle pour la création de Culture Days à travers le reste du Canada en 2010. En plus de contribuer aux idées et à l’inspiration, Culture pour tous a aussi joué un rôle certain en soutenant cette nouvelle initiative dans ses premières années.

À l’occasion du 10e anniversaire de Culture Days, la directrice exécutive Aubrey Reeves s’est entretenue avec la présidente-directrice générale de Culture pour tous, Louise Sicuro. Elles ont parlé de la genèse des Journées de la culture, de leur évolution et de la façon dont les deux initiatives unissent leurs forces pour encourager l’appréciation des arts et de la culture auprès de la population, au même moment, d’un océan à l’autre.

Cette entrevue a été éditée en raison de sa longueur.

Louise Sicuro, présidente-directrice générale de Culture pour tous

Quel était la réaction initiale de la communauté des arts et de la culture au concept des Journées de la culture ?

Les premières réactions des associations nationales disciplinaires que nous avions réunies étaient teintées de scepticisme. Certains ne voyaient dans le projet qu’un objectif de marketing, d’autres la mise en valeur exclusive des artistes professionnels. Nous n’étions que quelques-uns à préconiser un projet ancré dans les communautés locales et susceptible d’influencer tant les citoyens que les élus.

C’est intéressant parce que la réaction en Ontario était similaire. Le fait de prendre en modèle Les Journées de la culture au Québec a contribué à faire accepter le projet de Culture Days/ Fête de la culture.

En effet ! Une première ébauche d’un projet similaire avait été développée par quelques PDG d’institutions lors du Sommet canadien des arts qui souhaitaient le réaliser au mois d’avril. Plusieurs discussions et consultations ont suivi pour qu’on en arrive finalement à la conclusion que le projet devait s’arrimer avec les Journées de la culture qui ont lieu au Québec invariablement le dernier vendredi de septembre et les deux jours suivants de chaque année, tel que décrété par l’Assemblée nationale du Québec.

Les Journées de la Culture à Joliette, QC. photo: Ville de Joliette

Que se passe-t-il maintenant pendant Les Journées ?

Le concept à la base des Journées de la culture demeure le même depuis le tout début. Les activités se réalisent sur une base volontaire par des organisateurs provenant des milieux culturel, municipal, scolaire et des affaires. Elles doivent être gratuites et favoriser une incursion interactive dans le processus de création et les savoir-faire artistiques et culturels.

Bien implantées depuis 23 ans dans le calendrier des événements au Québec, les Journées de la culture sont bien connues et bénéficient d’un capital de sympathie de la part des médias qui nous appuient à la grandeur du Québec. Chaque année, nous sollicitons la collaboration de personnalités. En 2019, par exemple, nos ambassadeurs étaient la comédienne Marie-Soleil Dion et l’écrivain et membre de l’Académie française Dany Laferrière, qui ont fait plus de 60 entrevues dans les médias.

Pour notre 20e anniversaire, nous avons créé un projet intitulé Une chanson à l’école, qui s’adresse aux enseignants du primaire et à leurs élèves. Chaque année, on invite un auteur-compositeur-interprète à composer une chanson originale sur la culture, qui est apprise et répétée en début d’année scolaire par des milliers d’enfants de partout au Québec et dans des écoles francophones des autres provinces. Du matériel pédagogique est également transmis gratuitement aux enseignants qui s’inscrivent à l’activité. Cette année, la chanteuse inuite Elisapie a écrit en français une merveilleuse chanson dans laquelle elle a inclus le refrain et un couplet en inuktitut. Nous avons marché a été chantée lors des Journées de la culture par plus de 150 000 élèves de 900 écoles à travers le pays.

Quels impacts pensez-vous que les Journées ont eu sur la perception publique des arts et de la culture au Québec ? Pensez-vous que cela a changé la façon dont le gouvernement considère le rôle de la culture ?

Je dois dire, bien humblement, que les Journées de la culture ont sans aucun doute contribué à mettre en lumière l’importance des arts et de la culture dans nos vies. C’est un événement de trois jours qui ne règle pas tout mais qui sert à célébrer et à faire connaître la vie culturelle qui s’exprime partout au Québec. D’autres organisations, comme Les Arts et la Ville, ont aussi influencé la mise en place des politiques culturelles des municipalités, aidées en cela par l’appui financier d’appariement du ministère de la Culture et des Communications.

En 2017, j’ai eu la chance de collaborer étroitement à l’élaboration de la nouvelle Politique culturelle du Québec Partout la culture dont la première orientation est de « Contribuer à l’épanouissement individuel et collectif grâce à la culture » !

Partout à travers le monde, des recherches scientifiques démontrent l’impact qu’ont les arts et la culture sur le bien-être, que ce soit auprès des malades dans les hôpitaux ou des personnes âgées, des élèves dans les écoles ou d’employés dans les milieux de travail. Toutes les actions qui contribuent à ce que les personnes puissent s’exprimer, créer ou se divertir apportent des bienfaits qui augmentent leur qualité de vie.
La culture va bien au-delà des sorties artistiques. Elle est le socle sur lequel chaque individu se développe. C’est dans cet esprit que nous avons mené toutes nos actions au fil des ans en mettant en place des stratégies de médiation culturelle encourageant la participation citoyenne.

Les Journées de la Culture à la Place des Arts. photo: Vivien Gaumand

Est-ce qu’avoir vu votre modèle adapté au reste du Canada vous a aidé d’une façon ou une autre ? Avez-vous appris quelque chose ?

Tout d’abord on a une certaine fierté que ça se déroule maintenant à l’échelle canadienne, depuis 10 ans déjà. Oui, on a appris des choses. Je trouve que, pour Culture Days, le côté communautaire est très important. Au Québec, ça a pris 5 ou 6 ans avant qu’on invite les municipalités à participer. Plusieurs ne souhaitaient pas leur intégration dans le cadre des Journées de la culture croyant que ça dévaloriserait le développement professionnel. De mon côté, je crois au contraire qu’il faut valoriser tout le spectre dans lequel se développe la vie culturelle d’une société.

Oui, ça c’est une phrase que j’utilise beaucoup pour décrire les participants de Culture Days, « un spectre de créateurs culturels ».

En effet ! Quand on ne voit que les silos, en disant : voici les arts professionnels, voilà la recherche, voici l’éducation…, ça ne peut pas fonctionner parce qu’en fait, c’est une chaîne dont il faut solidifier chaque maillon.

Finalement une dernière question pour vous. Où voyez-vous les Journées aller dans le futur ?

On se prépare pour le 25e anniversaire en 2021. On voudrait que les Journées de la culture soient davantage la responsabilité d’autres secteurs, comme ceux de la santé et des affaires. Le milieu de la culture fait sa part depuis le début, tout comme les municipalités. Nous avons fait une bonne percée dans le milieu scolaire qu’il faut cependant encourager à intégrer davantage la dimension culturelle dans l’enseignement. Un grand bout de chemin a été fait. Mais, il ne faut pas baisser les bras, surtout dans le contexte d’aujourd’hui où la question du développement durable est plus cruciale que jamais. La culture y joue un rôle fondamental.